Une affiche souhaitant la bienvenue au pape Léon XIV à Metz le 22 septembre 2026 ( AFP / Jean-Christophe VERHAEGEN )
Messes géantes, sécurité hors norme, programme marathon et engouement populaire: le pape Léon XIV entame vendredi une visite historique de quatre jours en France, une aubaine pour une Église catholique en quête de renouveau.
De la lutte contre les violences sexuelles à l'IA en passant par la crise migratoire, la défense de la vie et la paix en Europe, la visite du pape américain brassera un large éventail de thèmes, à sept mois de l'élection présidentielle française, pour laquelle l'extrême droite apparaît en position de force.
La visite pontificale - la première de cette ampleur depuis celle de Benoît XVI en 2008 - suscite un fort intérêt populaire et médiatique, à l'image du budget titanesque de 27 millions d'euros et des milliers de forces de l'ordre déployées sur les trois étapes à Paris, Lourdes (sud-ouest) et Metz (nord-est).
Alors que les débats sur la laïcité restent vifs, l'Église catholique, affaiblie par des décennies de sécularisation qui ont réduit à trois millions le nombre de pratiquants réguliers, bénéficie néanmoins d'un regain de visibilité. En témoignent la hausse du nombre de baptêmes d'adultes depuis cinq ans (+28% en 2026), un dynamisme indéniable dans certains quartiers populaires et un engouement nouveau pour les pélerinages et grands rassemblements.
"La France a constitué depuis finalement 40-50 ans une sorte de laboratoire avancé de ce qui se passe au niveau du catholicisme dans les démocraties occidentales et en tout cas européennes", relève pour l'AFP François Mabille, directeur de l'Observatoire géopolitique du religieux.
"Le passage d'un catholicisme de transmission à un catholicisme d'adhésion intéresse sans doute le pape", ajoute-t-il.
"Message de paix"
Dans l'Hexagone, auquel il est lié par ses racines - sa grand-mère paternelle est née au Havre - le pape de 71 ans, au style plus sobre que son charismatique prédécesseur argentin François, sera accueilli avec les honneurs: les cloches des églises de tout le pays sonneront pendant sept minutes vendredi à 10H00 (08H00 Gmt), lors de son arrivée à l'aéroport de Paris-Orly.
Un rythme effréné l'attend ensuite: rencontre avec Emmanuel Macron au palais présidentiel de l'Elysée, discours à l'Unesco, déambulation en papamobile en plein coeur de la capitale, vêpres à Notre-Dame et grande veillée avec 80.000 jeunes au stade de France, pour laquelle les billets se sont arrachés en une demi-heure.
Devant la cathédrale parisienne, Estelle, 60 ans, espère "un message de paix" du pape. "C'est bien qu'il vienne, qu'il montre qu'il s'intéresse à l'Eglise de France, le précédent n'était pas venu", ajoute sa fille Julie, 24 ans, non loin d'une large banderole à l'effigie du souverain pontife.
Les préparatifs à la visite du pape Léon XIV sur la place de la Concorde, le 16 septembre 2026 ( AFP / Charlotte SIEMON )
En douze ans de pontificat (2013-2025), François avait évité un voyage officiel, préférant des déplacements ciblés (Strasbourg, Marseille, Ajaccio). Il avait également décliné l'invitation à Notre-Dame pour la réouverture de l'édifice fin 2024, un choix qui avait suscité une certaine incompréhension.
Place de la Concorde, un immense autel a déjà été dressé pour la messe de samedi qui devrait rassembler plus de 600.000 fidèles, massés également sur les Champs-Elysées, dans la lignée des gigantesques rassemblements ayant marqué les huit visites de Jean-Paul II entre 1980 et 2004.
"Jean Paul II a réveillé l'est; je pense que le pape Léon va réveiller l'ouest et l'Occident", a résumé le cardinal François Bustillo, évêque d'Ajaccio, sur la radio France Inter cette semaine.
"Tourner la page"
La lutte contre les violences sexuelles devrait dominer l'étape à Lourdes, deuxième lieu de dévotion catholique au monde après Rome, et la rencontre privée avec sept victimes est déjà particulièrement scrutée, sur fond de critiques des collectifs non reçus.
La basilique Notre-Dame du Rosaire à Lourdes dans les Hautes-Pyrénées le 22 septembre 2026 ( AFP / lionel BONAVENTURE )
Pour la venue du pape, qui célèbrera une messe géante sur la prairie du Sanctuaire, la basilique aura recouvert toutes les mosaïques du prêtre slovène Marko Rupnik, accusé d'agressions sexuelles.
"C'est la grande attente d'un certain nombre de fidèles catholiques: que le pape encourage l'Église à poursuivre le travail de réforme et de purification qui a été entrepris", souligne Martin Dumont, secrétaire général de l'Institut de recherche pour l'étude des religions.
La dernière étape lundi à Metz, où le concordat signé par Napoléon Ier en 1801 reste en vigueur, aura une tonalité plus diplomatique: les chefs d'Etat et de gouvernement des 26 autres pays de l'Union européenne ont été invités à assister au discours du pape sur l'Europe et la paix, dans un contexte de dégradation des relations transatlantiques et de guerre en Ukraine.
Contrairement à Marseille en 2023, le président français n'assistera à aucune messe, mais sera représenté par le Premier ministre Sébastien Lecornu, ainsi que par son épouse Brigitte Macron à Paris, a précisé la présidence mardi à la presse.

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